Fite

2016 - Rebelles

Artiste textile

Faig Ahmed

Né en 982 en Azerbaïdjan, vit et travaille à Baku, Azerbaïdjan.

Faig Ahmed conçoit numériquement les motifs de ses tapis puis le transpose sur du papier grandeur nature, ensuite utilisé par les tisserandes azéries pour le tissage de l’oeuvre à la main. 

A l’image d’une anecdote de son enfance où il découpe un ancien tapis familial, la pratique artistique de Faig Ahmed amène un changement physique et conceptuel des tapis Azéris traditionnels. Il veut en effet parvenir à une nouvelle conception des motifs traditionnels et propose dans ce but,  sur la moitié inférieure du tapis, la dissolution des motifs dans un écoulement des couleurs.

Traditionnellement, les tapis Azéris ont plusieurs fonctions, et les couleurs, les motifs et les symboles étaient transmis d’une famille à l’autre par le biais des femmes, dont la dot est constituée d’un tapis. Symboliquement, le tapis apporte chaleur et stabilité. Mais lorsque l’on arrive à la moitié des tapis imaginés par Faig Ahmed, ceux-ci se transforment en une cascade colorée, comme si les frontières de la tradition se réinterprétaient. Les identités se déplacent, et une ouverture indispensable à une identité culturelle plus globale est ainsi créée.

Artiste

Ghada Amer

Née en 1962 au Caire, vit et travaille à New-York, Etats-Unis.

Détournant la toile de sa fonction de support pictural pour le traiter comme une pièce de tissu, Ghada Amer brode pour peindre. Elle réactualise cette activité traditionnellement féminine en l’implantant dans le champ de la peinture, historiquement monopolisé par et pour les gommes. Les images qu’elle mobilise dans ses œuvres sont, entre autres, tirées de revues pornographiques et lui permettent d’interroger le male gaze dont elles sont issues. En passant par sa pratique, son médium et ses motifs, le travail de Ghada Amer explore la construction du statut de la femme dans ces images et ces disciplines.

Collectif ASARO

ASARO, qui est l’acronyme d’ASsemblée des Artistes Révolutionnaires d’Oaxaca, est un collectif de jeunes artistes formé lors de la révolte populaire à Oaxaca en 2006. Ses membres ont produit des dizaines de xylographies, de peintures et de stencils pour soutenir la rébellion. L’idée est venue aux artistes d’utiliser le tissu car il est moins cher, plus résistant et permet des formats plus importants que le papier. Durant le Printemps arabe fin 2010, le collectif ASARO décide de rendre hommage à la révolte de leurs frères du Maghreb et du Moyen-Orient, à ce désir de justice qu’ils partagent tous passionnément : la révolution étant par nature universelle.

Artiste

Yara El Sherbini

Née en 1978 au Royaume Uni, vit et travaille à Santa-Barbara, Etats-Unis

Ludique et ironique, le travail de Yara El Sherbini détourne les stéréotypes et les éléments de langage de sujets sociaux et politiques controversés, en utilisant différents supports issus de la culture populaire. Elle s’éloigne des médiums artistiques traditionnels, en proposant des œuvres au carrefour de plusieurs disciplines par l’intermédiaire de jeux, d’installations ou encore de tutoriels vidéo.

Photographe

Charles Fréger

Né en 1975 en France, vit et travaille à Rouen, France.

Depuis 1999, Charles Fréger oriente ses séries photographiques sous un même projet, intitulé « Portraits photographiques uniformes ». Dès lors, il parcourt le monde, l’œil attentif aux uniformes caractéristiques de certaines communautés.

Charles Fréger rend alors visibles des minorités et des traditions parfois ancestrales. Le folklore est évité grâce à un procédé photographique protocolaire : cadrage frontal, sujet de face ou de profil, sur un fond neutre. Charles Fréger nous propose ainsi des photographies de groupes d’individus qui, juxtaposées, présentent des univers éclectiques, dialoguant ensemble et se mettant mutuellement en valeur.

Artiste

Nadia Gomez

Né en 1975 en France, vit et travaille à Rouen, France.

Nadia Gomez est une créatrice mexicaine. Elle participe notamment au concours Unimodaa à Aguscalientes (Mexique) en 2015 avec la robe Bedazilu’du lii (« Nous nous souvenons de vous) qui rend hommage aux quarante-trois étudiants d’Ayotzinapa disparus. En prenant ce drame pour sujet, elle cherche à rendre visible l’événement tragique et à sensibiliser le public autour des dérives autoritaires gouvernementales.

Photographe, artiste plasticienne

Majida Khattari

Née en 1966 au Maroc, vit et travaille à Paris, France.

Fondant son travail sur la dialectique du visible et de l’invisible, de la présence et de l’absence et de la dimension politique du corps de la femme, Majida Khattari propose des photographies sensuelles sur lesquelles des femmes portent des burqa, hijab et niqab. La volupté des drapés, la richesse des motifs appliqués et des techniques utilisées servent ici un discours critique sur le regard extérieur, blanc, occidental et masculin, qui fétichise, exotise et féminise à outrance l’expérience vécue de celles qui portent le voile. Ce  retournement du regard occidental doit se lire dans la lignée des travaux décoloniaux amenés par Edward Saïd et permet à l’artiste de rendre compte des préjugés occidentaux.

Santanu Das, Chirag Gandhi

Maku Textiles

Fondée en 2011, basée à Calcutta, Inde.

Santanu Das est titulaire d’un diplôme de design textile du National Institute of Design (NID) d’Ahmedabad et a décidé de fonder Maku Textiles (maku, terme bengali de la navette de tissage) avec Chirag Gandhi, opérant auparavant en management de produits. Forte d’une revendication identitaire, la société se spécialise dans le khadi, habit en coton filé à la main, et dans la teinture à l’indigo, dont la présence en Inde remonte à 5 000 ans. Tous les modèles de Maku sont ancrés dans le contexte de la communauté, des pratiques et des compétences locales, ils sont conçus en collaboration avec des artisans sur leurs métiers à tisser.

Karla Pérez Cánovas

Malacate Taller Experimental Textil

Anthropologue

Karla Pérez Canovas est à l’initiative de l’atelier textile expérimental Malacate qui fait suite à une recherche anthropologique qu’elle a mené de 2007 à 2010. Durant cette période, elle s’est concentrée sur le textile de la municipalité de Zinacantan (Chiapas) et a établi des relations directes avec les tisserands de la région, où le travail du textile est un moyen de transmission et de résistance culturelle au processus de mondialisation. 

Les recherches de terrain ont grandement contribué à former la base de l’atelier textile expérimental Malacate, dont l’objectif est de promouvoir, préserver, protéger et transmettre le savoir traditionnel de la région. Karla Perez Canovas perçoit cet atelier comme un geste de remerciement aux tisserands et habitants de Zinacantan qui l’ont soutenu dans ses recherches durant tout son terrain anthropologique. Il était alors important pour elle de rester et de s’engager pour développer et renforcer ce collectif de femmes.

Artiste, faiseur d’images

Hassan Musa

Né en 1951 au Soudan, vit et travaille en France.

Préférant se définir comme un faiseur d’images, Hassan Musa réactualise de grandes figures populaires s’opposant à l’injustice de manière matérielle ou symbolique. Dans sa série Vies mortelles (0213), les portraits de ces rebels côtoient des slogans préventifs que l’on retrouve sur les paquets de cigarettes, ces phrases sont modifiées pour correspondre aux combats de leur vie.

Sensible à ces images et icônes connues de tous, Hassan Musa les détourne afin de les confronter à leur violence intrinsèque.

Créatrice de mode

Sasha Nassar

Née en 1987 à Jaffa, vit et travaille à Paris, France.

Bercée dans son enfance par la multiplicité de cultures et d’ethnies présentes chaque jour au port de Jaffa, Sasha Nassar a rapidement compris que les vêtements étaient révélateurs de l’identité du porteur. Ce regard porté sur la diversité et l’autodétermination à travers les vêtements la marquera et forgera son intérêt pour le domaine textile.

Une fois sa formation textile terminée, elle se rend compte quelle a sciemment ignoré les revendications et les évènements qui ont traversé la société arabe durant plusieurs années. Elle décide alors de « prendre [s]es responsabilités » et de créer un printemps arabe propre aux femmes en présentant des vêtements « qui, au lieu de couvrir les femmes qi les portent, célébreraient la beauté et la silhouette des femmes ». Elle souhaite en effet rendre compte de son héritage culturel tout en apportant « des valeurs nouvelles compatibles avec le monde de la mode. »

Styliste

Pathé’O (Ainé Pathé Ouédraogo)

Né en 1950 au Burkina Faso, vit et travaille en Côte d’Ivoire.

Ainé Pathé Ouédraogo s’installe dans les années  70 à Abidjan où il fabrique des vêtements à partir de tissus du continent africain et cherche à dynamiser l’industrie textile africaine. Il défend avec conviction les tissus traditionnels comme le voile mauritanien, ou le kita baoulé. Il se bat pour la reconnaissance de la mode africaine, contre l’habitude qui est celle des dirigeants de porter des costumes occidentaux. Il est notamment connu pour avoir habillé le président Nelson Mandela lors d’un voyage à Paris, mais également d’autres figures célèbres comme la mannequin Naomi Campbell. Il existe aujourd’hui une dizaine de boutique Pathé’O dans le monde.

Designer textile

Carmen Riom

Marqué fondée en 1998, basée à Mexico City, Mexique.

Carmen Rion a été fondée en 1998. C’est une marque équitable, durable et éthique avec des designs originaux. Pionnière dans le fashion design, Carmen Rion est la première designer à intégrer les textiles traditionnels produits par et avec des artisans mexicains dans une conception qui intègre le travail textile et les fibres naturelles pour aboutir à des pièces uniques. Chaque année, une collection spécifique est faite, selon un concept, une ligne de couleurs et de matériaux (coton, soie, lin, laine).

Le processus créatif intègre le talent et savoir-faire acquit de générations en générations par des artisans de Zinacantan, Aldama et de San Juan Chamula, Chiapas. Les pièces sont travaillées sur un métier à tisser à pédales par le groupe Sna Maruch, avec qui Carmen Rion collabore depuis de nombreuses années, et avec une équipe de création, des designers et coutières dans un atelier à Mexico City.

Sa collection La Tierra has memoria (2018) a été présentée durant le Festival International des Textiles Extra ordinaires.

Artiste

Jean Ulrick Désert

Né en 1965 à Haïti, vit et travaille à Berlin, Allemagne.

Reprenant les représentations exotiques des populations et des paysages antillais du XVIIIème siècle, Jean Ulrick Désert les modifie pour nuancer ces représentations fantasmées. En abordant frontalement et formellement la marchandisation sexuelle à côté de motifs végétaux et architecturaux traditionnels indigènes, l’artiste entend conter les enjeux de la consommation touristique de l’espace et des corps. Jean Ulrick Désert propose alors une vision sans compromis de ce qui fait la renommée des Antilles, entre patrimoine indigène, espèces endémiques et tourisme sexuel.

Photographe

Amanda Watkins

Vit et travaille au Yucatan, Mexique.

Après avoir étudié au Royal College of Art de Londres et la Winchester School of Art, Amanda Watkins travaille pour des entreprises de mode et magazines londoniens avant de partir enseigner la mode à l’Université de Mexico en 2007. C’est en 2009 qu’elle commence à documenter la sous-culture des Cholombianos, entre vêtements oversize, symboles de la culture traditionnelle mexicaine et réutilisation de motifs religieux. De ce travail découlera un livre et plusieurs expositions internationales, ainsi qu’un intérêt renouvelé pour la culture vestimentaire mexicaine.

Artiste, vidéaste, photographe

Ralph Ziman

Né en 1963 en Afrique du Sud, vit et travaille à Los Angeles, Etats-Unis.

Originaire d’Afrique du Sud, Ralph Ziman met en place des projets multimédias rendant compte des problématiques liées à la violence et à l’armement dans de nombreux pays du continent. Son projet Ghosts en 2012-2013, est une réflexion sur l’importation d’armes à destination de l’Afrique. Souvent vendues aux oppresseurs comme aux populations dominées, achetées par des instances corrompues avec de l’argent détourné, ces armes participent à l’instabilité politique et à l’appauvrissement croissant des pays africains qui les reçoivent.

Avec l’aide d’artisans perliers du Zimbabwe, des répliques artistiques et colorés d’AK47, l’arme la plus courante dans les conflits et les échanges économiques, sont produites puis mises en scène et manipulées par des figurants dans les rues de Johannesburg. Un contraste  se crée alors entre la létalité de ces objets et leur traitement formel, entrainant une réflexion sur le rapport des populations à ces armes et leur devenir.

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